2026 – 2029 | APP Thèses 2026 ADEME | Projet DISP-ACT : Quand la DISsonance cognitive accroît la distance Psychologique au changement climatique : rôle de la menace au besoin de prédictibilité et implications pour l’ACTion collective |

Financement doctoral + 9 000€ | 36 mois

Porteur : Maxime Mauduy (MCF en psychologie sociale, Université Paris Cité, LPS, co-encadrant de la thèse) · Candidat doctorant : Alexis Bouvard (Doctorant en psychologie sociale, Université Paris Cité, LPS) · Direction de la thèse : Marie-Pierre Fayant (PU en psychologie sociale, Université Paris Cité, LPS) et Maxime Mauduy

La transition écologique constitue un défi sociétal majeur, impliquant des transformations profondes des modes de production, de consommation et d’organisation territoriale (GIEC, 2023). Si les connaissances relatives au changement climatique (CC) sont établies, leur traduction en changements comportementaux massifs demeure limitée, malgré le rôle central des modes de vie dans l’atteinte des objectifs climatiques (GIEC, 2022). De nombreux travaux soulignent un décalage entre valeurs environnementales déclarées et comportements effectifs, décrit comme le value–action gap (Kollmuss & Agyeman, 2002). Ce constat indique que la diffusion d’informations ne suffit pas à susciter l’engagement. Pour les acteurs publics, notamment l’ADEME, l’enjeu réside donc dans l’identification des mécanismes psychosociaux qui conditionnent l’appropriation et la mise en action des messages climatiques, condition essentielle à l’efficacité des politiques territoriales.

Parmi ces mécanismes, la distance psychologique (DP) appliquée au CC occupe une place croissante. Issue de la Construal Level Theory (Trope & Liberman, 2010), elle désigne le degré selon lequel un phénomène est perçu comme éloigné du soi sur les plans temporel, spatial, social et hypothétique. Le CC est fréquemment représenté comme futur, géographiquement distant, concernant d’autres groupes et entouré d’incertitudes. Une méta-analyse récente montre qu’un niveau élevé de DP est associé à une diminution significative des intentions et comportements pro-climatiques (Langlais, Mauduy et al., 2026). La réduction de cette distance apparaît donc prioritaire. Toutefois, les stratégies de « proximisation » du CC (Langlais et al., 2024), consistant à souligner ses impacts locaux ou immédiats, produisent des effets faibles voire négligeables (van Valkengoed et al., 2024 ; Langlais, Mauduy et al., 2026). Cette limite suggère que si la DP est liée à l’engagement, les processus qui conduisent à la maintenir ou l’accentuer restent insuffisamment compris. Les identifier constitue un enjeu scientifique et opérationnel central.

Le projet pose l’hypothèse que l’un des mécanismes centraux de cette distanciation réside dans la dissonance cognitive. Les citoyens sont exposés à des messages environnementaux inconsistants : appels à transformer les modes de vie coexistent avec des incitations favorisant la continuité des pratiques carbonées (Stoknes, 2015). Selon la théorie de la dissonance cognitive (Festinger, 1957), l’inconsistance entre cognitions génère un inconfort motivant une restauration de l’équilibre. Cette régulation peut prendre la forme d’un ajustement comportemental ou de stratégies défensives telles que la minimisation ou la mise à distance (McGrath, 2017). La distanciation psychologique peut ainsi être envisagée comme une stratégie de régulation de la dissonance. Identifier ce qui motive le recours à cette régulation par la DP est dès lors crucial. Les développements ultérieurs de la théorie ont montré que l’inconfort ne relève pas uniquement d’un besoin de consistance. Certains modèles invoquent l’estime de soi (Aronson, 1969), la compétence et l’efficacité (Harmon-Jones & Mills, 1999), l’affiliation (Cooper & Fazio, 1984) ou la recherche de sens (Proulx et al., 2012). Un modèle intégratif récent (Mauduy, 2022 ; Mauduy et al., 2024) propose que chaque situation de dissonance menace un besoin spécifique. Dans le cas d’informations climatiques inconsistantes, le besoin principalement affecté pourrait être celui de prédictibilité, proche des besoins de contrôle et de compréhensibilité (Dweck, 2017). L’exposition à des discours contradictoires ou à des incertitudes politiques fragilise la capacité d’anticipation. Requalifier le CC comme hypothétique ou lointain permettrait alors de réduire l’imprédictibilité perçue et de restaurer subjectivement la stabilité de l’environnement. La DP constituerait ainsi une stratégie de régulation de la menace au besoin de prédictibilité.

Le projet de thèse DISP-ACT poursuit trois objectifs : démontrer expérimentalement que l’exposition à des informations environnementales inconsistantes accroît la DP au CC ; tester le rôle médiateur de la menace et de la restauration du besoin de prédictibilité ; et transférer ces résultats vers des contextes écologiquement valides afin de concevoir des dispositifs prévenant l’activation de ce processus, notamment en renforçant le sentiment de prédictibilité des citoyens face à la transition écologique. En articulant avancée théorique et leviers opérationnels pour les politiques publiques, le projet vise à contribuer à l’efficacité des stratégies d’accompagnement de la transition écologique.

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